Disparition d’Yves Lacoste, pionnier et père fondateur de la géopolitique française, à l’âge de 96 ans

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By Onitsuka

EN BREF

  • Yves Lacoste, 96 ans, est décédé à son domicile dans les Hauts-de-Seine, entouré des siens.
  • Fondateur de la revue Hérodote et considéré comme le père de la géopolitique française.
  • Auteur de l’ouvrage emblématique « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » (1976), qui a relancé le débat disciplinaire.
  • A réintégré le politique au cœur de la géographie, rapprochant géographie et histoire.
  • Agrégé de géographie, professeur à Paris‑VIII/Vincennes, adepte du travail de terrain (Afrique du Nord, Viêt Nam).
  • Son approche a suscité de vives critiques chez les géographes « orthodoxes » attachés à la géographie physique.
  • Ancien membre du PCF (jusqu’en 1956) et défenseur de l’indépendance algérienne.
  • S’est penché sur la question postcoloniale et les enjeux d’identité, co‑signataire en 2016 de « Géopolitique de la nation France ».
  • Saluer pour sa grande humanité et sa profonde générosité par Béatrice Giblin, directrice de la rédaction d’Hérodote et ancienne directrice de thèse.

Yves Lacoste, figure incontournable de la géopolitique française et fondateur de la revue Hérodote, est décédé à l’âge de 96 ans dans son domicile des Hauts-de-Seine. Né au Maroc le 7 septembre 1929, agrégé de géographie et professeur à l’université Paris‑VIII, il a réinventé la discipline en réinsérant le politique au cœur de l’analyse spatiale. Son essai majeur de 1976, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, ainsi que ses travaux de terrain en Afrique du Nord et au Viêt Nam, ont façonné une école française de géopolitique tournée vers l’action et la citoyenneté.

Yves Lacoste, figure majeure de la géographie française et considéré comme le père de la géopolitique française, est décédé à l’âge de 96 ans. Fondateur de la revue Hérodote et auteur d’un ouvrage devenu emblématique, il a profondément renouvelé la discipline en réinsérant le politique au cœur des analyses géographiques. Sa disparition, annoncée par Béatrice Giblin et relayée par plusieurs médias, marque la fin d’une trajectoire intellectuelle qui a transformé la manière de penser l’espace, le pouvoir et les conflits.

Annonce et circonstances

Selon les informations rapportées par la rédaction de la revue Hérodote et confirmées par plusieurs titres dont Le Monde et France24, Yves Lacoste s’est éteint à son domicile dans les Hauts-de-Seine, entouré des siens. Béatrice Giblin, directrice de la revue et ancienne doctorante d’Yves Lacoste, a salué une personnalité d’une grande humanité et d’une profonde générosité. La nouvelle a également été reprise par des publications régionales et spécialisées, comme Le Dauphiné et des revues de géopolitique (Geopolitique.net), qui ont dressé le panorama de sa carrière.

Un parcours intellectuel et personnel

Né au Maroc le 7 septembre 1929, Yves Lacoste a suivi un parcours intellectuel marqué par une volonté de lier la géographie et l’histoire. Agrégé de géographie, il a enseigné notamment à l’université Paris-VIII/Vincennes et s’est distingué par un goût marqué pour le travail de terrain, menant des enquêtes en Afrique du Nord et au Viêt Nam. Il aimait à rappeler, avec une pointe d’ironie, qu’il s’était « profondément ennuyé » durant ses cours de géographie au lycée Lakanal de Sceaux, épisode qui n’a pas empêché sa vocation à transformer la discipline.

Une œuvre qui a marqué la discipline

La publication qui a tout déclenché

La parution en 1976 de son livre au titre volontairement provocateur, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, a servi de catalyseur pour un renouveau intellectuel. Dans cet ouvrage, réédité en 2012, Yves Lacoste posait la géographie comme un instrument d’analyse des rapports de pouvoir et des conflits, invitant à penser l’espace en termes politiques. Cette prise de position a suscité des débats vifs et des critiques de la part de géographes dits « orthodoxes », qui voyaient alors remise en cause une géographie centrée sur les composantes physiques du territoire.

Un praticien plus qu’un label

Bien qu’on le considère comme l’initiateur d’une école française de géopolitique, Yves Lacoste refusait souvent l’étiquette de géopolitologue, se définissant avant tout comme géographe spécialisé en géopolitique. Il a construit une méthode qui revenait à interroger systématiquement les enjeux politiques des espaces étudiés — une approche que Béatrice Giblin a qualifiée de géopolitique démocratique et citoyenne. Sa contribution ne se limite pas à un livre : il a publié une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels un Que sais-je ? sur Les pays sous-développés en 1959, et des essais plus récents sur la question postcoloniale.

Engagements, controverses et évolutions de pensée

Positions politiques et engagement

Politiquement, Yves Lacoste a eu un parcours marqué : ancien membre du PCF jusqu’à l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques en 1956, il s’est ensuite engagé en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Ses intérêts intellectuels l’ont également conduit à s’emparer de questions d’identité et de mémoire, notamment dans des ouvrages et interviews où il s’opposait à certaines lectures simplistes de la situation des banlieues contemporaines.

Débats et résistances universitaires

La mise en avant d’une géographie tournée vers l’analyse des conflits et des rapports de pouvoir a provoqué à son époque des réactions hostiles au sein d’une partie de la communauté des géographes. Ces critiques accusaient Lacoste de trahir « la géographie des professeurs », cantonnée à l’étude des éléments physiques et naturels du paysage. Pourtant, son influence s’est peu à peu imposée, en particulier chez les jeunes chercheurs formés à une approche plus politique du territoire.

Héritage intellectuel et postérité

La revue Hérodote et la diffusion d’une perspective

La création de la revue Hérodote a participé à la diffusion de cette optique renouvelée : un espace pour penser la géopolitique comme une discipline publique, engagée et critique. Béatrice Giblin, qui fut sa directrice de thèse et ensuite à la tête de la revue, a mis en lumière l’importance de son œuvre et de sa pédagogie dans la formation de nouvelles générations de chercheurs.

Travaux récents et dialogues

Dans ses dernières décennies, Yves Lacoste a continué d’écrire et de dialoguer avec d’anciens élèves et collègues. On peut citer sa co-signature en 2016 avec Frédéric Encel de Géopolitique de la nation France, où ils abordent notamment la question des menaces idéologiques et des tensions internes contemporaines. Ses réflexions sur la question postcoloniale et ses critiques de certaines lectures sociologiques ont élargi le champ des débats autour de l’identité nationale et des héritages coloniaux.

Réactions et reprises médiatiques

Couverture de la presse et revues spécialisées

La disparition d’Yves Lacoste a été largement couverte par la presse nationale et locale. Outre Le Monde, des titres comme Le Dauphiné ou des portails spécialisés (Refrance, Geopolitique.net) ont dressé des bilans de son influence. Les médias ont salué son rôle central dans la refonte de la discipline et la formation d’une génération de géographes et de géopoliticiens.

Hommages et mémoire

Les hommages soulignent souvent non seulement la portée intellectuelle de son œuvre, mais aussi sa qualité humaine et pédagogique. Il restera dans la mémoire collective des sciences humaines comme celui qui a rappelé que la géographie n’est pas neutre : elle sert à comprendre la répartition du pouvoir, les stratégies des États et les dynamiques des conflits, autant qu’à décrire des paysages.

Foire aux questions — Disparition d’Yves Lacoste, pionnier de la géopolitique française

Q : Qui était Yves Lacoste ?

R : Yves Lacoste était un géographe français né au Maroc le 7 septembre 1929, reconnu comme le fondateur de l’école française de géopolitique. Agrégé de géographie et professeur à l’université Paris‑VIII (Vincennes), il a profondément renouvelé la discipline en replaçant le politique au cœur de l’analyse spatiale.

Q : Quelle est la cause et le lieu de son décès ?

R : Il est décédé un samedi à l’âge de 96 ans, à son domicile dans les Hauts‑de‑Seine, entouré des siens.

Q : Pourquoi est‑il considéré comme une figure majeure de la géopolitique ?

R : Il a remis le politique au centre de la géographie et montré comment l’espace informe les rapports de pouvoir et les conflits. Son approche, qu’il décrivait comme une géographie attentive à la géopolitique, a fondé une tradition française de recherche engagée et critique.

Q : Quel ouvrage a contribué à sa renommée et pourquoi ?

R : Son ouvrage phare publié en 1976, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, a provoqué de vives réactions en bousculant la géographie académique traditionnelle et en affirmant que la discipline devait éclairer les enjeux de puissance et de conflit.

Q : Avait‑il un rôle éditorial ou institutionnel dans le milieu scientifique ?

R : Oui. Il a fondé la revue Hérodote, qui demeure une référence en géopolitique, et il a dirigé des travaux de recherche et des thèses, parmi lesquelles celle de Béatrice Giblin, actuelle directrice de la rédaction de la revue.

Q : Comment ses pairs et collaborateurs ont‑ils décrit sa personnalité ?

R : Ses proches et collaborateurs le décrivent comme une personne d’humanité, de générosité et d’exigence intellectuelle, attentive au terrain et au dialogue avec les acteurs politiques et sociaux.

Q : Quelles ont été ses pratiques de recherche ?

R : Attaché au travail de terrain, il a mené des enquêtes en Afrique du Nord et au Viêt Nam, privilégiant l’observation sur le terrain pour comprendre les dynamiques géopolitiques.

Q : Quelles prises de position politiques a‑t‑il eues au cours de sa vie ?

R : Il a été membre du PCF jusqu’à l’invasion de la Hongrie en 1956, s’est déclaré en faveur de l’indépendance de l’Algérie et s’est intéressé plus tard aux questions d’identité et de postcolonialisme.

Q : Quels autres travaux ou collaborations marquantes a‑t‑il signés ?

R : Outre une vingtaine d’ouvrages, il a publié dès 1959 un bref manuel sur les pays sous‑développés et, plus récemment, co‑signé en 2016 avec son ancien élève Frédéric Encel un ouvrage sur la géopolitique de la nation France, abordant notamment la question de l’islamisme radical.

Q : En quoi sa mort est‑elle ressentie comme une perte pour la discipline ?

R : Sa disparition marque la fin d’une figure qui a transformé la manière de penser l’espace et le pouvoir. Beaucoup soulignent qu’il a rendu à la géographie sa capacité à éclairer les enjeux politiques contemporains et à nourrir un débat citoyen.

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