Du Vietnam à la mairie : un parcours exceptionnel sur six décennies

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By Onitsuka

EN BREF

  • Article publié et mis à jour le 14 avril 2026
  • 1956 : arrivée de 1 160 rapatriés au CAFI de Sainte-Livrade‑sur‑Lot, camp entouré de barbelés
  • Parmi eux, un nourrisson de 18 mois, André Forget
  • 23 ans vécus dans les baraquements, ancrage durable dans la commune
  • Effet local : population en hausse de 49% pendant la période d’accueil
  • 2026 : André Forget élu maire avec 49% des voix
  • Premier projet : création d’un musée de la mémoire indochinoise prévu pour 2030
  • Communauté active : préservation des traditions vietnamiennes, associations et mémorial
  • Histoire symbolique d’intégration et de continuité sur six décennies

Né au Vietnam et débarqué en 1956 au camp du CAFI de Sainte-Livrade-sur-Lot, ce jeune réfugié a grandi dans les baraquements avant de consacrer soixante-dix ans à la même commune. Le 22 mars 2026, ce parcours d’exil et de transmission aboutit à son élection comme maire, symbole d’une intégration collective et moteur d’un projet de musée dédié à la mémoire indochinoise.

Article daté du 14 avril 2026 — L’histoire retrace le trajet d’un nourrisson arrivé en 1956 dans un camp de transit au bord du Lot et devenu, soixante-dix ans plus tard, le maire de la même commune. C’est le récit d’une génération issue de l’Indochine accueillie au CAFI, de la vie dans des baraquements pendant des décennies, puis d’un engagement municipal qui aboutit en 2026 à l’élection d’André Forget, porteur d’un projet de mémoire et de transmission.

Un accueil provisoire devenu ancrage durable

Après les accords de Genève et le retrait français d’Indochine, des milliers de civils fuient le Vietnam, le Laos et le Cambodge. En avril 1956, la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot héberge un centre de transit transformé en camp où débarquent 1 160 personnes, dont 740 enfants. Installé sur un ancien chantier militaire, le Centre d’accueil des Français d’Indochine — le CAFI — est rapidement perçu non comme une escale mais comme un espace de reconstruction humaine et sociale.

La présence de ce centre modifie profondément la démographie locale : en moins d’une décennie, la population municipale augmente d’environ 49 %, passant d’environ 3 532 à 5 300 habitants, traduisant la naissance d’un véritable « village vietnamien » en plein Lot-et-Garonne.

Le quotidien derrière les barbelés

Le camp, ceinturé et régi par des règles strictes, impose un rythme particulier : permissions à demander pour faire venir des proches le week-end, baraquements mal isolés, chaleurs estivales intenses et hivers rudes. Ceux qui ont grandi là décrivent une vie faite d’efforts constants et de nostalgie, où les soirs sont souvent marqués par le poids de l’exil et la reconstruction d’une identité dispersée.

C’est dans ce décor qu’un enfant arrivé en bateau à l’âge d’un an et demi commence une existence qui le lie à jamais à la commune. Il passera vingt-trois années dans ces bâtisses, se souvenant plus tard de la chaleur humaine et de la difficulté matérielle qui ont façonné sa jeunesse.

Un parcours local, une trajectoire publique

Après une vie entière passée à Sainte-Livrade, l’engagement citoyen devient une évidence. Aux élections de mars 2026, cet enfant devenu adulte se présente et remporte d’abord 40 % des voix au premier tour, avant d’emporter le second tour avec 49 % des suffrages. L’élection d’André Forget au poste de maire est largement documentée par la presse locale et régionale, comme le relate notamment Passion Aquitaine / Ouest-France et France 3 Régions.

Sa trajectoire politique s’appuie autant sur un rôle institutionnel — ancien adjoint du maire sortant — que sur un capital moral lié à son histoire personnelle. Son élection est perçue par beaucoup comme la reconnaissance d’un parcours d’intégration et d’un engagement à préserver la mémoire collective.

Une communauté soudée et des traditions préservées

À Sainte-Livrade, la présence vietnamienne ne relève pas d’un simple souvenir : elle se manifeste par des fêtes traditionnelles, des associations actives et un mémorial qui porte les noms des rapatriés. Ces éléments assurent la transmission intergénérationnelle des pratiques et des récits, faisant du lieu l’un des rares en France où s’est consolidée une communauté d’origine indochinoise.

Le lien social, tissé au fil des décennies, explique en partie pourquoi de nombreux anciens du CAFI n’ont jamais quitté la commune : pour eux, il s’agit d’un ancrage fort, d’un « replantage » après l’arrachement.

Un projet de musée pour 2030

Plus qu’un souhait symbolique, la création d’un musée dédié à la mémoire indochinoise constitue le premier projet de mandat d’André Forget. Prévu pour 2030, ce lieu vise à préserver les traces matérielles et immatérielles du CAFI, à accueillir des archives et à servir de plateforme éducative pour expliquer l’histoire des rapatriés et leur contribution à la vie locale.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique collective de valorisation du patrimoine migratoire, en résonance avec d’autres initiatives culturelles et académiques à l’échelle internationale, comme le rapprochement universitaire entre la France et l’Asie du Sud-Est — à l’image de l’ouverture de formations à Phnom Penh relatée par Asie Sud-Est — ou des coopérations bilatérales mentionnées dans le bilan d’initiatives entre le Vietnam et le Japon (Asie Sud-Est).

Mémoire, transmission et visibilité

La conservation des lieux, la sauvegarde des récits et l’organisation d’événements festifs permettent à la mémoire de rester vivante. Des associations locales entretiennent ces liens et veillent à ce que les plus jeunes comprennent d’où ils viennent. Un mémorial installé sur le site rappelle quotidiennement les noms et les trajectoires de ceux qui ont transité par le CAFI.

La visibilité de cette histoire dépasse la sphère locale : reportages, archives et ressources audiovisuelles, comme celles de l’INA, contribuent à documenter et diffuser ces itinéraires de vie. Les médias régionaux et nationaux, ainsi que des articles de presse locale, ont relayé l’élection et le projet mémoriel (voir aussi ActuCholet et la couverture locale sur Ouest-France).

Un exemple d’intégration raconté au présent

Le parcours d’André Forget illustre comment une communauté d’origine indochinoise a réussi à s’implanter, à tisser du lien et à nourrir la vie civique d’une commune française. De l’arrivée en 1956 à l’élection municipale de 2026, la trajectoire embrasse plusieurs générations et témoigne d’un effort collectif pour transformer l’exil en enracinement.

Ce récit local résonne avec d’autres histoires liées à la présence asiatique en France et dans la région : qu’il s’agisse d’engagements sportifs, culturels ou académiques, de parcours individuels remarquables ou d’initiatives insolites à l’étranger, les liens entre la France et l’Asie du Sud-Est continuent de se tisser (voir quelques exemples éditoriaux sur Asie Sud-Est, Asie Sud-Est et les rubriques culturelles).

La ville et son héritage municipal

La municipalité, désormais dirigée par un élu né dans le camp, porte un défi : concilier gestion quotidienne et devoir de mémoire. La composition de l’équipe municipale est accessible via les ressources institutionnelles locales et illustre la manière dont des élus issus de diverses trajectoires cohabitent pour gouverner la commune (exemple de pages municipales).

Le parcours d’André Forget est relaté par différents médias, y compris des articles régionaux et nationaux qui replacent son élection dans le contexte plus large des récits migratoires et mémoriels en France (France 3).

Foire aux questions — Du Vietnam à la mairie : un parcours exceptionnel sur six décennies

Q. Qui est André Forget et quel est son parcours ?

R. André Forget est un ancien enfant arrivé au CAFI à l’âge d’un an et demi en 1956. Il a passé 23 ans dans les baraquements du camp du Moulin du Lot à Sainte-Livrade-sur-Lot, y a construit sa vie et y est resté par choix. Le 22 mars 2026, il a été élu maire de la commune, recueillant 49% des voix au second tour.

Q. Que signifie l’acronyme CAFI et quel rôle a-t-il joué ?

R. Le CAFI est le Centre d’accueil des Français d’Indochine, un camp de transit ouvert en 1956 sur le site du Moulin du Lot. Installé au bord du Lot, il a servi de lieu d’hébergement provisoire pour des familles rapatriées du Vietnam, du Laos et du Cambodge après la fin de la présence coloniale française en Indochine.

Q. Combien de personnes ont été accueillies à Sainte-Livrade-sur-Lot en 1956 ?

R. Le camp a reçu environ 1 160 rapatriés d’Indochine, dont environ 740 enfants, formant rapidement une communauté importante au sein de la commune.

Q. Quelles étaient les conditions de vie dans le camp ?

R. Les baraquements étaient sommaires : fortes chaleurs l’été, froid et mauvaise isolation l’hiver, règles de vie strictes et périmètres entourés de barbelés. La vie quotidienne était marquée par la précarité matérielle et le poids émotionnel de l’exil pour de nombreuses familles.

Q. Pourquoi Sainte-Livrade-sur-Lot a-t-elle connu une telle croissance démographique ?

R. L’arrivée massive des rapatriés entre 1956 et les années suivantes a fait passer la population de la commune d’environ 3 532 à près de 5 300 habitants en huit ans, soit une hausse d’environ 49%. La présence du camp a ainsi profondément transformé le profil démographique et social du village.

Q. Comment la communauté indochinoise a-t-elle conservé sa culture à Sainte-Livrade ?

R. Les traditions vietnamiennes ont été maintenues par des familles et des associations locales : fêtes religieuses et culturelles, transmission orale entre générations, et la présence d’un mémorial qui porte les noms des rapatriés pour préserver la mémoire collective.

Q. Quel a été le rôle de l’histoire personnelle d’André Forget dans sa campagne électorale ?

R. Son parcours, de l’enfance au CAFI à la vie municipale, a touché de nombreux électeurs. Sa longévité dans la commune et sa connaissance intime de la mémoire indochinoise ont renforcé sa légitimité, au‑delà des enjeux purement administratifs.

Q. Quels résultats électoraux ont conduit à son investiture ?

R. Il est arrivé en tête au premier tour avec une part significative des voix, puis a remporté le second tour le 22 mars 2026 avec 49% des bulletins, devenant le nouveau maire de la commune.

Q. Quels projets prioritaires affiche-t-il pour son mandat ?

R. Son premier projet majeur est la création d’un musée dédié à la mémoire indochinoise de la commune, programmé pour 2030. Il souhaite ainsi donner une place institutionnelle et patrimoniale au récit collectif des rapatriés.

Q. Existe‑t‑il déjà des lieux de mémoire à Sainte-Livrade-sur-Lot ?

R. Oui, la commune conserve des traces visibles de cette histoire : les anciennes bâtisses du camp, des associations actives et un mémorial qui rappelle les noms des rapatriés afin de ne pas oublier l’arrivée et l’implantation de ces familles.

Q. Quelle portée symbolique revêt le parcours d’André Forget ?

R. Son itinéraire — arrivé enfant dans un camp de transit et devenu maire sept décennies plus tard — incarne une histoire d’intégration et de résilience. Il illustre comment une communauté issue de l’immigration a su se reconstruire et participer activement à la vie locale.

Q. Quand cet article a‑t‑il été publié et mis à jour ?

R. L’article a été rédigé et actualisé le 14 avril 2026.

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